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23 février 2014
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1914, la médecine mentale en pleine (r)évolution : observation, tri et classement

La dangerosité et la dégénérescence sont le double signe sous lequel la médecine mentale apparaît placée en Belgique en ce début de 20ème siècle. Les études scientifiques et statistiques sur les maladies mentales se multiplient, révélant une progression considérable de la folie criminelle en Belgique, qui atteint carrément l’insolite durant la décade de 1889-1899.

L’augmentation constatée accède alors aux 40% ! Les études réalisées durant cette période se concentrent sur quelques maladies bien spécifiques, produit de la dégénérescence et de la pathologie sociale. A cette époque, on constate qu’un certain nombre de troubles mentaux constituent la cause directe de la progression de la criminalité. Ces troubles seront identifiés comme provenant de l’alcoolisme, lequel exerce une action dégénérative sur la descendance des buveurs. Or l’alcoolisme implique l’hérédité et le milieu, et la dangerosité et la criminalité en deviennent l’effet et le symptôme. Ces maladies mises en évidence comme dangereuses, il en résulte que toute personne atteinte de tels troubles est un criminel en puissance. Puisque tout vient de l’alcoolisme, produit de la société, les aliénation malfaisantes ne font que renvoyer au social sa propre invention morbide. L’effet se retourne sur la cause. Dans ce cadre, la nature même des morbidités participe à la dangerosité. Le trouble psychique tout entier devient délit potentiel.

La maladie mentale définie comme dégénérescence et comme dangerosité s’inscrit dans la théorie de la défense sociale. Pour comprendre la nature de la maladie, la différencier et la traiter, la médecine mentale est obligée d’élargir les frontières de son savoir. L’évolution du savoir psychiatrique vient d’une réponse aux demandes juridiques. Les pouvoirs administratifs et judiciaires exigent du médecin un savoir précis, différenciateur qui, dans les profondeurs de l’aliénation, révèle une instinctivité cachée, une impulsion dangereuse. C’est pourquoi un enseignement de la psychiatrie se justifie, dans le but de la connaissance scientifique de la nature de la maladie mentale, pour y identifier le moindre risque de dangerosité, et dans le but du traitement adéquat. Une des conséquences cachée de cette quête de protection sociale sera que seules les maladies ayant un certain degré de curabilité et de dangerosité intéresseront les pouvoirs. On se demande en fait quelles sont les maladies curables pour lesquelles il faut investir, quelles sont les aliénés « récupérables » par la société, et lesquels doivent être irrémédiablement éloignés. Le facteur économique a son importance. En outre, la maladie curable détient en puissance la vérité de l’aliénation mentale. La maladie mentale devient dès lors un spectacle, où l’observation et les expériences priment.

Le spectacle, la dangerosité et la curabilité constituent les lignes de fond du progrès du savoir médico-psychiatrique. Celui-ci doit répondre au pouvoir public, qui veut savoir au sujet des plus dangereuses formes d’aliénations mentales, quel est leur degré de dangerosité, quelles formes prend cette dangerosité, quel est leur degré de curabilité, la nature, le développement, les formes de transmission de ces maladies ? Comment les traiter, quels types de prévention sont les plus efficaces, les plus rapides et les moins coûteuses ? De cette manière, la défense sociale participe à un vaste mouvement de promotion des sciences. Pour proposer des régimes diversifiés selon la nature des dangers sociaux, elle rencontre l’étude scientifique qui cherche à établir des classes, à trier, à écarter pour protéger. Avec cette étude scientifique de toute forme de dangerosité, de folie, de marginalité et de moyens pour les combattre, se profilent des progrès dans les domaines médicaux, mais aussi dans ceux de la sociologie et de la psychologie.

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